MEJNOUN DJERBA
La tradition populaire attribue à Djerba, appelée
familièrement « l’île des mosquées », un nombre de lieux de culte
équivalent au nombre de jours de l’année.
En 1941, René Stablo dénombrait 288 mosquées dont 122
malikites et 166 ibadites ; à cette époque, l’île comptait donc une mosquée
pour 163 habitants.
La récente recension de Riadh el Mrabet inventorie 254monuments.
Le fréquent isolement des lieux de culte et leur multiplicité ont donné lieu à
une série d’interprétations. Ainsi, la dispersion des mosquées proviendrait de
ce qu'elles doivent correspondre à un cercle dont le rayon peut être parcouru
en un quart d'heure, afin que les croyants n'aient en tout et pour tout qu'une
demi-heure de trajet pour aller prier et en revenir.
On motive parfois l’abondance des édifices religieux par la
piété des habitants et par leur souci de propreté : pour empêcher que ces lieux
sacrés ne soient souillés, il aurait été nécessaire de les isoler.
On dit aussi que le caractère individualiste du Djerbien lui
fait préférer une mosquée éloignée de son domicile pour éviter toute promiscuité,
même s’il doit s’imposer une marche pour aller prier. En fait, leur nombre
important se justifie surtout par le rôle vital que jouait autrefois le lieu de
prière, même s’il n’était réservé qu’à un groupe restreint, voire à une seule
famille.
C'était en effet le centre de toute la vie spirituelle et
sociale de la communauté. A l'exemple de la maison du Prophète à Médine, elle
servait tout à la fois d'école, de point d'eau, de salle où pouvaient être
prises les décisions et signés les actes notariés, de lieu de rencontre et de
repos, de logement pour les visiteurs, de réserve pour la nourriture ou parfois
même de local pour la presse à huile collective, quand ce n'était pas d'abri où
la population trouvait refuge en cas de besoin.
Extrait de Djerba, les mosquées ibadites , Cérès éditions, 2018, page 18
Ce livre est un objet précieux. Avec passion et rigueur, il associe à la démarche subtile du photographe l'érudition de l'historienne. Les deux nous entraînent à la découverte captivante de l'ibadisme, un rite singulier et des monuments insolites, témoins d'une histoire méconnue. De Ben Hammûda à Tâjdît, en passant par Al-Gallâl, Lûta, Abû Miswar, Al-Bâsî, Sîdî Yâtî, Talâkîn, les auteurs nous invitent à partager leur exploration minutieuse des joyaux de l'architecture ibadite : les mosquées de campagne, disséminées sur toute la surface de l'île, les mosquées souterraines, jalouses de leurs secrets, les mosquées madrasas, gardiennes du savoir et de sa transmission, et enfin les mosquées fortifiées et de guet côtières qui assuraient la défense de l'île. Entre originalité des formes, poésie des lieux et bonheurs chromatiques, la forte identité visuelle de l'architecture djerbienne s'impose dès les premiers pas. On assiste alors à la naissance d'une alliance unique de la figure et de la lumière, de l'intelligible et du sensible. Sous nos yeux, se révèle une autre vision de l'art, à la fois puissante et retenue, sans ors, sans apparats, ni arabesques.
ISBN 978-9973198020 (épuisé)
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