LES IBADITES



 LES IBADITES forment, à côté des sunnites et des chiites, le troisième groupe de musulmans. Leur mouvement, lié à l’origine au khârijisme, se développe dans le port irakien de Bassora au sein d’un groupe de quiétistes. Après avoir rompu définitivement avec les khârijites dont ils condamnent la violence, les ibadites se dotent d’un gouvernement clandestin et, vers le milieu du VIIIe siècle, font de Bassora un centre de propagande qui forme quantité de missionnaires, envoyés aux quatre coins de l’Empire musulman. 

Luttant contre l’hégémonie des califes omeyyades puis abbassides, ils exigent que leur imam soit choisi en vertu de sa science et de sa piété, quelle que soit son origine ethnique. Si cette doctrine séduit rapidement les foules dans de nombreuses régions de l’Empire, elle ne s’implante durablement qu’en Oman et au Maghreb où, au fil des siècles, les ibadites se concentrent dans les trois régions qu’ils occupent encore aujourd’hui, l’île de Djerba, le Mzab algérien et le djebel Nafûsa libyen.

L’ibadisme se distingue par une rigoureuse éthique basée sur la pureté morale – la foi étant indissociable des œuvres –, par  le respect de la mémoire des ancêtres, par l’importance de l’instruction et de la transmission des traditions. La doctrine présente quelques particularités, telles le sort réservé aux pécheurs, le dogme du Coran créé ou l’impossibilité de la vision de Dieu. Il existe également quelques différences mineures avec le rituel sunnite, comme la position des mains pendant la prière. Les ibadites ont exercé pendant des siècles un monopole sur les vastes réseaux commerciaux qui ont fait leur fortune, à travers le Sahara et l’océan Indien. Ils ont également joué un rôle important dans la diffusion de l’islam en Afrique, particulièrement dans les pays du Sahel grâce au commerce transsaharien. Leur architecture religieuse, tout à fait caractéristique, est marquée par l’austérité et le refus des
signes extérieurs de richesse. La plupart des mosquées ne comportent aucun décor et n’ont pas de haut minaret. 

Par Virginie PREVOST

Extrait de Djerba Absolument. Tunis, Cérès éditions, 2022., page 16

 




Ce livre est un objet précieux. Avec passion et rigueur, il associe à la démarche subtile du photographe l'érudition de l'historienne. Les deux nous entraînent à la découverte captivante de l'ibadisme, un rite singulier et des monuments insolites, témoins d'une histoire méconnue. De Ben Hammûda à Tâjdît, en passant par Al-Gallâl, Lûta, Abû Miswar, Al-Bâsî, Sîdî Yâtî, Talâkîn, les auteurs nous invitent à partager leur exploration minutieuse des joyaux de l'architecture ibadite : les mosquées de campagne, disséminées sur toute la surface de l'île, les mosquées souterraines, jalouses de leurs secrets, les mosquées madrasas, gardiennes du savoir et de sa transmission, et enfin les mosquées fortifiées et de guet côtières qui assuraient la défense de l'île. Entre originalité des formes, poésie des lieux et bonheurs chromatiques, la forte identité visuelle de l'architecture djerbienne s'impose dès les premiers pas. On assiste alors à la naissance d'une alliance unique de la figure et de la lumière, de l'intelligible et du sensible. Sous nos yeux, se révèle une autre vision de l'art, à la fois puissante et retenue, sans ors, sans apparats, ni arabesques.

ISBN 978-9973198020 (épuisé)


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