LA COMMUNAUTE JUIVE
LA COMMUNAUTÉ JUIVE DE DJERBA est ancienne et remarquable. Quantité de mythes lui prêtent une origine immémoriale. Un récit local rapporte par exemple que des juifs exilés, des Cohanim munis d’une Torah, auraient atteint Djerba au terme de leur exode après la destruction du premier Temple par les Babyloniens. Ces prêtres auraient apporté avec eux une pierre ou même une porte du Temple, sur laquelle ils auraient élevé la Ghriba, dont la réputation est aujourd’hui connue des juifs du monde entier. Elle serait ainsi la plus ancienne synagogue bâtie par la diaspora. S’il est hasardeux de définir depuis quelle époque les juifs vivent à Djerba, il apparaît en tout cas dans les documents de la Gueniza du Caire qu’ils y étaient installés dans la première moitié du XIe siècle. Plus tard, le récit de voyage de Moïse Maïmonide, le fameux philosophe et médecin juif, confirme leur présence en 1165. Juifs et ibadites sont complémentaires, à tel point qu’on a parlé de symbiose judéo-ibadite ; cette complicité est l’un des facteurs qui permet d’expliquer la pérennité de cette communauté à Djerba. Les juifs exercent des métiers considérés impurs par les ibadites comme la tannerie, l’orfèvrerie, l’armurerie ou la cordonnerie. Les ibadites les protègent contre les dangers extérieurs et leur accordent deux territoires : d’abord Hara Sghira puis plus tard Hara Kbira.
Au-delà de leur alliance commerciale, il semble que les
deux groupes religieux partagent au fil des siècles de nombreuses valeurs : la
défense de leurs traditions, la place primordiale de la religion dans la vie
quotidienne, la stricte observance des rites, la cohésion sociale et l’entraide
communautaire, le souci de la pureté rituelle, la vénération des ancêtres, le
culte des morts. Tous deux montrent une grande capacité d’adaptation, une forte
mobilité malgré la sédentarisation, une crainte commune des nomades et des bédouins,
et la nécessité de se défendre occasionnellement contre les attaques venues de
l’extérieur.
L’accueil très favorable réservé aux juifs a perduré au
travers des siècles et se poursuit de nos jours. Cette communauté est très
vivante et s’accroît peu à peu ces dernières années. La plupart d’entre eux,
environ un millier, vivent à Hara Kbira, mais il y a aussi deux petits groupes installés
à Houmt Souk et à Hara Sghira.
Par Virginie PREVOST
Extrait de Djerba Absolument.
Tunis, Cérès éditions, 2022., page 60
Dans la géographie du sacré, l'île de Djerba est une terre bénie. Après le tumulte du passé, l'histoire s'est apaisée et une belle résonance met aujourd'hui en harmonie judaïsme, christianisme et islam. Trois religions, cinq cultes. Les auteurs invitent le lecteur à les accompagner dans une initiation au paysage spirituel de l'île. Ils tracent pour lui les chemins menant aux lieux emblématiques. À Djerba, il y a nécessairement la mer, mais il importe d'explorer d'autres matières, d'aborder d'autres rivages, ceux des hommes, du destin et de la nature réunis.
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